[ANVERS] Une journée à deux Photomaton

Pour clôturer ma semaine d’anniversaire, j’avais décidé de passer le week-end à Anvers où deux expositions nous tentaient. Une fois n’est pas coutume, notre voyage aller du samedi matin se déroule sans encombre: nous ne devons ni courir à travers la gare de Bruxelles Nord pour attraper notre correspondance, ni nous résoudre à attendre le train suivant pendant une heure. Arrivés à destination peu avant midi, nous allons déjeuner au Beastie Smash voisin de la gare dont nous adorons les délicieux burgers et l’ambiance rock à souhait. Sauf que cette fois, l’employé de service écoute… une compil’ des plus grands tubes de reggae, musique que nous détestons tous les deux. Nous mangeons à toute allure et réussissons à fuir avant que nos oreilles ne se mettent à saigner.

Nous passons ensuite chez ma librairie chouchoute Luddites Books and Wine. Côté livres: je me contente sagement d’en acheter deux. Chouchou vous dirait que c’est parce qu’ils n’avaient pas en stock les deux autres romans que j’ai demandés à la caisse, mais son ouïe a beaucoup décliné depuis que Bob Marley lui a mutilé les tympans. Côté vin: en ce tout début d’après-midi, le café de l’étage est vide pour une fois. Alléluiah! Au lieu de devoir nous battre pour une table, et de ne pas pouvoir parler ensuite parce que le brouhaha ambiant m’oblige à porter mes bouchons d’oreille, nous nous installons tranquillement sur une banquette d’angle en velours rose. Chouchou commande un thé pêche-gingembre, et moi un verre de blanc espagnol délicieusement minéral pour accompagner notre Lola Montès. Ca tombe bien qu’il n’y ait pratiquement personne; ainsi, nos gémissements d’extase gustative ne nous feront pas finir la journée en prison.

Parce que c’est sur le chemin du FoMu, nous faisons halte à la librairie ‘T Stad Leest, devant laquelle trône une Miffy géante. Au rayon anglophone, j’ai la surprise de tomber sur le roman jeunesse que je suis en train de traduire, et qui n’est censé paraître que mardi prochain. Je passe aussi un long moment à fouiller parmi les vinyles, hésite devant le premier Sinead O’Connor et « Appetite for destruction » de Guns N’Roses (fun fact: à l’origine, c’est déjà en CD que j’avais acheté ces deux albums), mais finis par ressortir les mains vides.

Nous passons ensuite déposer nos modestes bagages à l’appartement réservé pour la nuit. La porte est ouverte; je rentre en frappant et en appelant, mais manque donner une crise cardiaque à la femme de ménage qui passait l’aspirateur en écoutant de la musique avec son casque. Puis nous nous remettons en route vers le FoMu. C’est loin, il fait plus chaud que prévu, j’ai soif et j’en ai marre de marcher, informé-je Chouchou environ tous les 150 mètres en chemin. C’est d’humeur assez chonchon que je débarque au musée… où la présence d’une cabine de Photomaton dans l’entrée me redonne immédiatement le sourire. J’adore en prendre avec Chouchou, et ça fait déjà plusieurs années que nous n’avions pas eu d’occasion d’agrandir notre collection.

L’expo du jour, c’est une rétrospective consacrée à la photographe Lee Miller. Je suis assez peu intéressée par le début de sa carrière en tant que muse de Man Ray, qui s’approprie son travail et qu’elle ne tarde pas à quitter. Sa période égyptienne me laisse perplexe. Je me réveille au moment où elle rentre à Londres pendant la deuxième Guerre Mondiale, réinvente la photo de mode dans des rues dévastées par les bombardements et devient correspondante de guerre. Après avoir lu l’avertissement affiché à l’entrée de l’avant-dernière salle, je décide de ne pas m’infliger ses images des camps de concentration et préfère passer directement à sa période « lady alcoolique » durant laquelle elle épouse un lord, part s’installer à la campagne et publie des conseils pour dresser une belle table. Quelle vie, mes amis.

A la sortie du musée, Chouchou réserve une Poppy pour s’épargner le retour de Super-Chonchon, et il me ramène en voiture vers le centre-ville (où se garer est si compliqué que je finis par regretter qu’on ne soit pas revenus à pied). Nous allons faire un petit tour au grand magasin de presse internationale, mais je dors à moitié debout. Renonçant à mes velléités de shopping, je me laisse entraîner vers l’étape suivante: le Dogma. Sauf que j’ai déjà bu un verre de vin tout à l’heure, et que si j’avale encore une seule goutte d’alcool, 1/je m’endors à 17h30 2/je me réveille demain à 4h du matin avec un casque en plomb. La sagesse me commande de prendre plutôt un mocktail, même si mwi bon bof. Je me console en chantant faux et fort sur « Poison » d’Alice Cooper.

Nous retournons à l’appartement, près duquel se trouve un Knees to Chin où nous envisagions de faire un repas léger ce soir. Sauf qu’en traversant Groenplaats, je tombe en arrêt devant le Séoul Club House, un restaurant de la même chaîne que celui dont nous guettons l’ouverture à Bruxelles, boulevard Anspach. Le menu est alléchant et… ils ont un Photomaton. Si ce n’est pas l’univers qui nous invite à faire les andouilles!

Bien qu’il soit à peine plus de 18h, la salle est pleine, et nous avons de la chance d’obtenir une table dans le coin du fond. Nous commandons un Bulgogi sliced beef – énorme – et une salade Japchae beef – plutôt petite. En les partageant, nous arrivons pile à la bonne quantité de nourriture chacun. Clou du repas: un cheesecake au yuzu franchement fabuleux. J’avais envisagé de tester celui à la patate douce violette, mais Chouchou a insisté pour que je reste sur mon premier choix, et il a probablement eu raison. (Super-Chonchon réagit très mal aux déceptions culinaires. Ou aux déceptions tout court, en fait.) Après ça, nous montons à l’étage où se trouvent la fameuse cabine de Photomaton et quelques accessoires rigolos. Je dois négocier ferme pour obtenir que Chouchou porte un sombrero multicolore sur le premier cliché de la série. Pour ma part, je me coiffe d’un chapeau de fraise. Si le ridicule tuait, je serais morte jeune.

Nous finissons la soirée à l’appartement: Chouchou sur la table avec son MacBook pour traiter les photos d’aujourd’hui, moi à glander sur le canapé avec un plaid. Sachant que nous allons dormir une heure de moins cette nuit, nous allons nous coucher encore plus tôt que d’habitude.

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